(Re)penser notre système éducatif
Appel à contribution pour un ouvrage collectif

Date limite: 31 janvier 2019


 

En Afrique et plus particulièrement en Côte d’Ivoire, les systèmes éducatifs connaissent des changements d’approches pédagogiques, dictées par la coopération éducative internationale, alimentées par les projets de toutes sortes financés par l’aide internationale au grand dam des réalités africaines. Parmi les pourvoyeurs de fond, nous avons en bonne place l’AFD, la Banque Mondiale, l’UNICEF et le dernier venu MCC avec son volet éducation-formation.

 

Toutes ces structures par l’entremise d’experts européens créent, innovent, expérimentent, détournent, restructurent, dictent des contenus de programme, des approches pédagogiques et une gouvernance des établissements secondaires et supérieurs sous le prisme occidental.

 

Parmi les innovations majeurs en pédagogie, nous avons pu connaître l’Éducation télévisuelle dans les années 70, puis la Formation par compétences (ou dirons-nous plutôt), l’Approches par compétences à partir de 2003.

 

L’enseignement supérieur n’est pas en reste ; puisqu’il a aussi basculé au système LMD depuis 2013 par décret présidentiel.

 

Les contenus d’enseignement ont fortement évolué. Nous avons eu l’introduction des moyens technologiques dans la formation des maîtres qui a donné lieu au projet IFADEM et son corolaire l’enseignement de l’informatique de l’école primaire au collège. C’est une très belle initiative qui malheureusement se heurte à l’inexistence de salles équipées dans les écoles, l’absence d’appareils et de connexion internet.

 

La création des collèges de proximité a donné naissance à un nouveau type de professeurs des collèges. Ceux-ci sont formés à la bivalence. Ce projet intitulé Reforme des collèges est soutenu par le CIEP à travers l’AFD. Ici aussi, le constat est le même. Quand bien même les professeurs bivalents Maths-TICE reçoivent à l’École normale supérieure une formation de qualité, ils ne disposent d’aucun matériel didactique pour dispenser le cours d’informatique dans les collèges.

 

La prise en compte de la notion du genre dans les programmes d’enseignement primaire et secondaire, imposée par le Projet MCC, l’éducation inclusive, l’éducation à la citoyenneté et aux droits de l’homme, l’entreprenariat, etc. sont autant de projets qui arrivent souvent comme des cheveux sur la soupe.

 

A-t-on vraiment pensé ces projets ? A-t-on véritablement établi un lien entre ces projets et nos réalités africaines ? Ces projets peuvent-ils s’inscrire durablement dans notre mode de vie, dans le contexte de pays en voie de développement, caractérisé par des effectifs pléthoriques, le manque d’infrastructures, l’absence de matériels didactiques et pédagogiques, l’insuffisance quantitative et qualitative des enseignants? Là, se situe toute la problématique.

 

La réduction drastique du taux de redoublement, l’harmonisation des coefficients à 1 pour toutes les disciplines au premier cycle du secondaire et le passage automatique en classe de 6ème dès 85 points sont toutes de belles initiatives. Cependant, elles donnent à voir malheureusement, des élèves de plus en plus faibles dans nos établissements. L’indiscipline caractérielle de certains élèves fait regretter aux plus grands nostalgiques « le bon vieux temps », où l’enseignant était ce pédagogue austère.

 

Alors, que pouvons-nous ? Pour certains, la solution viendrait d’une réelle prise en compte de nos réalités socio-culturelles.

 

On a souvent constaté et déploré le fait que le développement en Afrique, conçu selon le modèle occidental, n’a pas fait beaucoup avancer la cause du continent noir. Dans beaucoup de pays, d’ailleurs, la situation semble être devenue pire qu’à l’époque coloniale. Car, il n’est pas seulement question de l’exploitation des Africains par les grandes puissances économiques ; il faut également se demander si la culture africaine a été vraiment prise en compte dans les différents modèles de progrès économique et technique proposés. En effet, les fondements de l’anthropologie africaine résistent à la modernité et ils devraient, par conséquent, constituer l’âme de tout programme de développement en Afrique. « Si l’on veut faire progresser l’Afrique, il faudra tenir compte de sa culture et faire participer le peuple tout entier au processus de développement ». (Bujo, 2007 : 42).

 

Dans cette dynamique, on ne peut faire fi de la culture africaine en matière d’instruction et d’éducation. Selon les termes de Peelman « chacun de nous baigne dans sa culture comme un poisson dans l'eau. » (1988 : 42). Et celle-ci, dans ses manifestations que sont la morale, la religion, l'art, la tradition nous suit comme une ombre dans tout notre passé et notre quotidien. Nous ne pouvons en aucun jour, nous en séparer puisque regroupant toutes les sphères de notre vie et de notre être.

 

Le jeune écrivain camerounais Richard Gatchoko Youaleu (et bien d’autres avant lui), tire la sonnette d’alarme lorsque par la voix du personnage principal de son livre : Le rêve d’un démocrate africain, insiste sur le fait qu´aucun pays de ce monde ne saurait se développer avec la culture d’un autre peuple.

 

La prise en compte de nos données culturelles à la lumière des innovations pédagogiques et des avancées technologiques reste la voie par excellence pour garantir aux générations à venir une instruction de qualité.

 

L’enseignement télévisuelle a échoué en Côte d’Ivoire non pas parce qu’il n’a pas atteint ses objectifs ni parce qu’il était mauvais ; mais parce qu’il ne répondait pas à nos aspirations.

 

Cet ouvrage donne la parole à vous tous enseignants, chercheurs, praticiens de tous bords afin de recueillir vos analyses et réflexions sur les réformes éducatives en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire. Il s’agira de voir comment (re)concilier notre système éducatif avec nos réalités.

 

En effet, pour que l’école venue de l’Occident reste efficace en Afrique pour le bien être des générations futures, il est nécessaire voire impérieux, d’analyser à la racine, la culture africaine, afin de découvrir ce qui constitue la quintessence de l’éducation négro-africaine.

 

Pour éclairer ce champ, vos contributions sont attendues au plan psychologique sociologique, anthropologique, philosophique, historique, économique, pédagogique et didactique. 

 

Pour finir, nous paraphrasons Florence Tsagué (2017), en disant : à l´ère de la mondialisation des connaissances, il est capital pour chaque peuple de définir au rendez-vous senghorien du "donner et du recevoir" une politique éducative qui s´inspire de sa culture, de son histoire, oriente son présent et féconde ses ambitions. 

 

Références bibliographiques

 

Afan, M. R., 2001. La participation démocratique en Afrique. Ethique politique et engagement chrétien, Fribourg/Paris, Éditions du Cerf.

 

Bidima, J.-G., 1997. La palabre. Une juridiction de la parole, Paris, Éditions Michalon.

 

Bujo B, 2007, « Culture africaine et développement : un dialogue nécessaire », Finance et Bien Commun, 2007/3 (N° 28-29), p. 40-45. DOI 10.3917/fbc.028.0040; Téléchargeable sur https://www.cairn.info/revue-finance-et-bien-commun-2007-3-page-40.htm#pa11. Consulté le 02.10.18.

 

Bujo, B., 2003. Foundations of an African Ethic. Beyond the Universal Claims of Western Morality, Nairobi, Paulines Publications Africa.

 

Camer.be 2017, Florence Tsagué  dimanche 09 avril 2017 16:10:58 :: Afrique débat : Un pays peut-il se développer avec la culture de l´autre ? :: Africa. Téléchargeable sur http://www.camer.be/59340/27:25/afrique-debat-un-pays-peut-il-se-developper-avec-la-culture-de-lautre-g-africa.html. Consulté le 02.10.18.

 

Gatchoko Youaleu R. (2010), Le Rêve d´un Démocrate Africain, Paris : Éditions L’Harmattan.

 

Koller, F., 2006. « Entwicklungszusammenarbeit und Ethik - eine Evaluation. Das Beispiel eines Dezentralisierungsprogramms in Burkina Faso », St. Galler Beiträge zur Wirtschaftsethik, No. 40.

 

Mveng, E., 1979. « Essai d’anthropologie négro-africaine », Bulletin de Théologie Africaine, No.1.

 

Peelman A. 1988, L'inculturation. L'Église et les cultures, Paris, Desclée.

 

Tempels, P., 1945. La philosophie bantoue, Elisabethville, Lovania.

 

Tobler Müller, V., 1997. «Struktur und Kulturblindheit in unserer Verfassungsgemeinschaft? », in : Sitter-Liver, B. (éd.), Herausgeforderte Verfassung. Die Schweiz im globalen Kontext, Freiburg, Universitätsverlag.

 

Zra Deli B. (2008), « L'impérialisme culture occidental et devenir de la culture africaine: Défis et perspectives », Mémoire de fin de cycle de Philosophie (Licence), Grand Séminaire Saint Augustin de Maroua. Téléchargeable sur https://www.memoireonline.com/01/09/1817/m_Limperialisme-culture-occidental-et-devenir-de-la-culture-africaine-Defis-et-perspectives1.html. Consulté le 02.10.18.

 

Calendrier

 

Ø  31 janvier 2019 : Date limite pour l'envoi des propositions

 

Ø  28 février 2019 : Notification d’acceptation ou de refus et éventuellement suggestions de correction

 

Ø  31 mars 2019 : Retour des corrections

 

Ø  juin 2019: Publication de l'ouvrage

 

Normes de publication

 

Seul ou à plusieurs, les auteurs doivent mentionner leurs noms et prénoms, leurs institutions de rattachement et leurs adresses électroniques. D'autre part, les consignes suivantes doivent être respectées :

 

  •         Interligne : 1.15.

  •         Taille 12.

  •         Police : Times New Roman

  •         Bibliographie : à présenter selon la norme APA.

 

Les propositions de contribution sont à envoyer à : rse_thematique@yahoo.com au plus tard le 31 janvier 2019 à minuit.

 

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