NOM D’UN PARTI ! POUR UNE ONOMASTIQUE PARTISANE
No 120, juillet 2019 — Mots. Les langages du politique

Date limite: 01 mars 2018


 

Coordonné par Paul Bacot et Michelle Lecolle

 

 

Les organisations politiques ont des noms. Chacune a le sien, qui la désigne de façon exclusive. Cette propriété classe les noms de partis parmi les noms propres. Mais ce sont des noms propres dotés de deux caractéristiques particulières : ils sont choisis par ceux qu’ils vont dénommer collectivement ; ils sont formés de mots appartenant au lexique courant et porteurs de sens – sans que le nom du parti ait nécessairement une valeur descriptive par rapport à ce qu’il dénomme. Ce dossier se propose d’enrichir la connaissance de l’onomastique partisane, et ceci dans l’optique de la revue, c’est-à-dire au croisement des sciences du langage, du politique et de la communication.

 

On se reportera à l’abondante littérature scientifique en matière d’onomastique, et plus spécialement à celle, encore assez rare et plutôt récente, concernant les partis politiques, et plus largement les organisations sociales. Maurice Tournier avait interrogé pour la première fois la structure des noms de partis (Tournier, 1981), avant que Michel Offerlé ne propose un cadre d’analyse riche en perspectives pour leur étude (Offerlé, 1987). Des travaux récents sur les noms des organisations saisissent le nom propre dans ses emplois en discours. Ils replacent la dénomination dans une perspective dialogique, particulièrement intéressante s’agissant d’un monde conflictuel par nature. La question de l’asémantisme ou de la signifiance

 

du nom propre, et des modalités de cette signifiance, trouve par ailleurs une place centrale dans l’étude des noms de partis et des stratégies qui sont au fondement de leur existence.

 

Le baptême d’un parti est un acte de langage qui le fait exister en tant que tel. On s’intéressera aux conditions sociales et particulièrement aux conditions politiques du choix du nom, notamment par rapport aux autres noms de partis existants ou passés auxquels faire référence, ou par rapport au statut et à la composition du référent lui-même. On s’intéressera également à sa forme et à sa syntaxe (présence d’une ponctuation, d’un article défini, d’un adverbe ou encore d’une préposition, usage des majuscules, intégration d’un nom propre, etc.).

 

L’emploi du nom de parti dans les discours, à l’intérieur et à l’extérieur du parti, pourra être analysé, notamment dans les tracts, textes journalistiques, blogs ou à l’oral, en interview ou autre intervention publique. On s’intéressera alors aux modifications morphologiques dont il fait l’objet (troncation, siglaison, dérivation, traduction). On prendra en considération les différentes prononciations du nom et de son sigle, ou encore, sur le plan sémantique, ses emplois métonymiques ou métaphoriques, ou son emploi en antonomase, que ceux-ci soient utilisés par les partisans ou par les opposants, tant de façon positive que négative.

 

Ces questions sont à replacer dans l’évolution de nos sociétés vers un marketing envahissant et une juridicisation croissante : le nom propre est perçu comme une ressource appropriable qu’il convient de défendre, ou d’attaquer – une marque.

 

Un intérêt particulier sera porté aux débats, voire aux batailles pour la dénomination partisane, ainsi qu’aux processus de changements (proposés ou effectifs) de noms, en lien avec une plus ou moins grande continuité revendiquée, ou au contraire avec l’affirmation d’une rupture ou d’une transformation. Ce débat peut perdurer, voire apparaître, une fois le nom bien établi, par le biais de discussions sur sa motivation linguistique. On accordera une attention particulière à la présence ou à l’absence du mot parti (ou de ses concurrents, comme « mouvement » ou « rassemblement ») dans la dénomination de l’organisation et dans les discours à son sujet.

 

Pourront être pris en compte les noms de partis de toutes tailles, de toutes époques et de tous pays. La visée comparative sera essentielle dans ce dossier, que les articles soient des monographies conçues pour alimenter la comparaison, ou qu’ils soient directement construits sur la base d’une comparaison opérée dans le temps (constance, évolution ou changement des noms de partis), dans l’espace géographique (différences et points communs entre des nations) ou dans l’espace politique (différences et points communs entre des familles idéologiques) – ces trois dimensions de la comparaison pouvant évidemment se  combiner.

 

Enfin, un lien pourra aussi être établi avec les dénominations voisines de celles des partis politiques : noms de syndicats, de coalitions et de listes électorales, de groupes parlementaires… Mais c’est bien de partis politiques qu’il doit être principalement question.

 

Modalités de soumission

 

Les contributions pourront prendre la forme d’articles (maximum 45 000 signes tout compris) ou de notes de recherche (maximum 20 000 signes tout compris). Les auteurs devront soumettre aux deux coordinateurs, avant le 1er mars 2018, un avant-projet (3 000 signes maximum tout compris), dont l’acceptation vaudra encouragement mais non pas engagement de publication. Les contributions devront être proposées aux deux coordinateurs avant le 1er septembre 2018. Conformément aux règles habituelles de la revue, elles seront préalablement examinées par les coordinateurs du dossier, puis soumises à l’évaluation doublement anonyme de trois lecteurs français ou étrangers de différentes disciplines. Les réponses aux propositions de contributions seront données à leurs auteurs au plus tard fin décembre 2018, après délibération du comité éditorial. La version définitive des articles devra être remise aux coordinateurs avant la fin du mois de février 2019.

 

Les textes devront respecter les règles de présentation habituellement appliquées par la revue http://journals.openedition.org/mots/76. Ils devront être accompagnés d’un résumé et de cinq mots-clés qui, comme le titre de l’article, devront également être traduits en anglais et en espagnol.

 

Coordinateurs : Paul Bacot (paul.bacot@sciencespo-lyon.fr) et Michelle Lecolle (michelle.lecolle@univ- lorraine.fr)

 

URL: http://journals.openedition.org/mots/23033

 

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