Le mépris en discours
Lidil, no 61

Date limite: 15 décembre 2018


 

Coordinatrices

 

Geneviève Bernard Barbeau (Université du Québec à Trois-Rivières, CRIFUQ)

 

Claudine Moïse (Université Grenoble Alpes, LIDILEM)

 

Les deux dernières décennies ont donné lieu à un foisonnement de travaux sur la violence verbale (Moïse, Auger, Fracchiolla & Schultz-Romain, 2008), sur le discours de confrontation (Vincent, Laforest & Turbide, 2008) et sur le discours polémique (Amossy, 2014 ; Hayward & Garand, 1998). Parmi les actes de qualification péjorative (Laforest & Vincent, 2004) constitutifs de la violence verbale (Moïse, Meunier & Romain, 2015) et qui se caractérisent par la disqualification d’autrui, les actes directs et explicites, tels la provocation (Arrivé, 2008), l’insulte (Lagorgette, 2003 ; Rosier, 2006), la menace (Laforest, Fortin & Bernard Barbeau, 2017), le reproche (Laforest, 2002) et la médisance (Mougin, 2006), ont été assez bien décrits. En revanche, parmi les actes indirects, le mépris n’a pas encore fait l’objet de beaucoup d’études, à tout le moins dans une perspective linguistique. C’est dans cette optique que nous souhaitons y consacrer le numéro 61 de la revue Lidil.

 

Mépriser signifie n’accorder aucune valeur ou bien une valeur dérisoire à un être ou à une chose. La même étymologie produit le mot méprise, au sens d’une erreur, qui est une autre sorte de mauvaise estimation ou de mauvaise évaluation d’une situation. Ressentir et exprimer du mépris pour ce qui est bassesse et abjection est un sentiment qui participe au processus de construction de notre système de valeurs. « L’on a besoin d’éprouver librement mépris ou adoration, et cela non seulement pour parvenir à une évaluation réaliste de la réalité extérieure, mais aussi pour pouvoir procéder à une identification sélective – en assimilant les qualités désirables que l’on aperçoit chez les autres et en barrant la route aux traits de personnalité indésirables ou en s’en débarrassant » (Searles, 2008, p. 521). Le mépris – et réciproquement l’aptitude à se percevoir comme méprisable en certaines circonstances – renvoie donc à la sphère des valeurs et des identifications à des modèles que nous nous efforçons d’atteindre. Le mépris peut aussi être un mécanisme de défense qui nous permet de nous protéger d’éventuelles frustrations.

 

À l’inverse, le mépris prend une tonalité destructive dès lors qu’il devient le moyen de se valoriser par défaut, mécanisme par lequel rabaisser autrui ou ses valeurs et idéaux devient le moyen de se sentir supérieur aux autres. Le mépris est d’autant plus destructeur s’il réactive chez le méprisé des blessures plus ou moins conscientes qui vont accuser chez lui le sentiment d’être méprisable, et ce particulièrement si le contempteur est un être estimé. Selon une perspective de philosophie sociale, au-delà de la seule dimension individuelle, les dérives de la société capitaliste et l’injustice sociale se voient tolérées, voire justifiées, en raison d’un certain contrôle social et dans le cadre d’une idéologie du profit. Les souffrances engendrées constituent ce qu’Axel Honneth (2006) appelle les pathologies sociales, qui naissent alors d’un manque de reconnaissance sociale et d’un sentiment de mépris généralisé. C’est dans de telles situations que le mépris devient moteur de discours « contre », servant à assurer la domination d’une personne ou d’un groupe sur autrui, et qu’il est possible de le repérer et d’en observer les mécanismes de production.

 

Nous invitons à soumettre toute contribution qui, suivant une approche linguistique, sociolinguistique, interactionnelle et/ou discursive, tant en synchronie qu’en diachronie, permettra de circonscrire la notion de mépris en s’inscrivant dans l’une des orientations suivantes :

 

1) Approche descriptive

 

Les actes de discours se caractérisent par des formes lexicales et syntaxiques particulières et par certains effets pragmatiques notamment en jeu dans la co-construction de l’interaction. Il serait intéressant de voir quels sont les caractéristiques linguistiques et les processus discursifs à la base de l’acte de mépris.

 

2) Approche pathémique

 

Le mépris est un acte de discours indirect, mais il est à mettre en relation avec des émotions négatives qui le sous-tendent ou qui l’alimentent, par exemple la frustration ou le ressentiment proches de la colère (Angenot, 1997 ; Bernard Barbeau, 2015 ; Ferro, 2008), la honte (Bretegnier, 2016 ; Cyrulnik, 2010 ; de Gaulejac, 1996) ou le dégoût (Margat, 2011). On pourrait voir comment, selon une visée pathémique, s’articulent ces émotions avec l’acte de mépris, comment elles peuvent être repérées en discours ou en interaction et quelles en sont les stratégies argumentatives.

 

3) Approche pragmatique

 

D’autres actes de discours, tels le dédain (Koselak, 2005), le dénigrement (Vincent, Turbide & Laforest, 2008), la moquerie et la raillerie (Charaudeau, 2013 ; Rainville, 2009), l’humiliation (Haroche, 2007 ; Miller, 1993), l’indifférence (Cupa, 2012) et la calomnie (Lagorgette, 2012), sont proches des effets pragmatiques de ceux du mépris, qui ont pour visée la prise de pouvoir sur autrui, que ce soit au plan individuel ou entre les groupes sociaux. On essaiera alors de saisir comment distinguer le mépris d’autres actes de discours apparentés et comment en circonscrire les caractéristiques pragmatiques.

 

4) Approche intersubjective

 

Le mépris est sans doute l’aboutissement de différents états émotionnels et processus à l’oeuvre. On pourrait aussi le situer par rapport aux effets qu’il est susceptible de provoquer chez l’autre dans la relation intersubjective : dévaluation (Bres, 1993), auto-odi ou haine de soi (Garabato & Colonna, 2016 ; Kremnitz, 1981) et silence (Oger, 2006), pour n’en nommer que quelques-uns. On pourrait également voir les procédés de retournement face au mépris, tels les mécanismes de valorisation et de fierté (Heller & Duchêne, 2012) ou encore d’humour (Charaudeau, 2006).

 

Les propositions, d’une longueur maximum de trois pages, pourront s’inscrire dans des domaines variés de la linguistique (description, pratiques éducatives, sociolinguistique des minorités, discours politiques, interactions quotidiennes, etc.) et s’appuyer sur différentes approches (linguistiques, analyse de discours et d’interactions, représentations linguistiques, rapports de genre, etc.). Elles devront, en revanche, présenter des données contextualisées issues de corpus qui serviront de base à une analyse empirique.

 

ADRESSES POUR L’ENVOI DES PROPOSITIONS

 

genevieve.bernardbarbeau@uqtr.ca et claudine.moise@univ-grenoble-alpes.fr

 

CALENDRIER

 

  • 15 décembre 2018 : date limite d’envoi des propositions

  • Février 2019 : avis d’acceptation ou de refus des propositions (un avis positif aura valeur d’encouragement à soumettre un article, mais ne signifiera pas automatiquement l’acceptation de ce dernier)

  • Juin 2019 : date limite d’envoi des articles

  • Décembre 2019 : retour de l’évaluation des articles

  • Février 2020 : remise de la version finale des articles

  • Juin 2020 : parution du numéro

 

INFORMATIONS PRATIQUES

 

  • Les propositions ne dépasseront pas trois pages.

  • Les articles complets ne dépasseront en aucun cas 40 000 signes (espaces et notes comprises).

  • Les articles pourront être rédigés en français ou en anglais. La version finale de l’article devra comprendre un résumé rédigé dans l’autre langue.

  • La feuille de style et les consignes rédactionnelles se trouvent à l’adresse suivante : https://journals.openedition.org/lidil/3304?file=1.

 

Site de la revue : https://journals.openedition.org/lidil/

 

Dernier numéro

S'abonner

Pour vous abonner à la liste de diffusion, veuillez envoyer votre demande d'inscription à : francais-langues@auf.org

Annoncer sur Framonde

Vous pouvez l’alimenter en adressant vos annonces sous fichier joint dans le cadre de ces rubriques à : francais-langues@auf.org

Les annonces doivent être rédigées sous format word, odt ou rtf (caractères Times New Roman ou Arial).

Archives de publication

Copyright AUF - Contact