Le Français contemporain face à la norme. Pratiques, gestions et enjeux d’une langue au défi de la pluralité
Projet d’ouvrage collectif

Date limite: 15 avril 2018


 

 

sous la Coordination scientifique de

 

Professeure Martine Fandio-Ndawouo

 

Maître de Conférences

 

Université de Buea, Cameroun

 

 

La notion de norme joue un rôle central dans le système de règles que constituent les langues ; et ce, quelle que soit la signification exacte qu’on attribue à ce concept. Même s’il existe un usage très neutre, on tend à parler de « normes », beaucoup plus au pluriel, surtout dans les cas où les règles ne sont pas ressenties comme naturelles, mais plutôt comme imposées et, par conséquent, comme potentiellement transgressables. L'histoire de la norme, dans toutes les langues, révèle combien, d'une époque à une autre, son contenu peut évoluer. Mais, la norme est dominante à toute époque et s'impose aux usagers concernés avec toute la force d'une loi fondée dans l'ordre naturel.

 

En postulant qu'au sein de tout groupe social la langue est un moyen d'exprimer la qualité des rapports sociaux, Jean Dubois (1994 : 342) propose deux définitions à la notion de norme. Dans une première aperception, il envisage la norme comme un système d’instructions définissant ce qui doit être choisi parmi les usages d’une langue si l’on veut se référer à un idéal esthétique ou socioculturel. Parce qu’elle suppose l’existence d’usages prohibés, la norme donne alors son objet à la grammaire prescriptive ou grammaire au sens courant du terme. Dans une deuxième appréhension, la notion renvoie à tout ce qui est d’usage commun et courant dans une communauté linguistique. En cela, la norme correspond à l’institution sociale que constitue la langue standard.

 

Cependant, quelle que soit la définition considérée (Mackey : 1967 ; Coseriu : 1970, Bédard & Maurais : 1983 ; Weinreich : 1933 ; Börner & Vogel : 2000 ; Pöll : 2005 ; Siouffi & Steuckardt : 2007 ; Ngalasso 2011), il est intéressant de souligner que, étymologiquement, le vocable norme est issu du latin norma qui désignait, au départ, une sorte d’équerre, instrument utilisé par les maçons et les charpentiers pour tracer des lignes droites. La confusion avec le grec vὀµoς « règle, loi » (principe général, impersonnel et extérieur aux individus, qui s’impose à tous) a donné lieu à une série de dérivés qui rentrent dans son champ lexical avec des nuances sémantiques fondées sur cette double étymologie : normal vs anormal pour signifier « qui est conforme ou non à la norme de la langue », et normatif vs anormal ou non-normatif pour référer à « qui est conforme ou non à la norme socialement acceptée, au bon usage défini par les jugements de valeur ». De là découlent deux perspectives : l’une linguistique et l’autre sociale, selon qu’on envisage la notion de norme du côté du code de la langue ou du côté des usagers de ce même code, deux approches sommes toutes complémentaires mais distinctes.

 

Parce qu’elle traite de la norme linguistique (encore appelée norme constitutive ou de fonctionnement), la normalité appréhende l’ensemble des règles inhérentes à la structure de la langue en termes de constantes observées dans ladite langue. De ce point de vue, l’on peut justement constater que différentes normes de réalisation de la langue française coexistent en zone extra hexagonale et même en France métropolitaine elle-même.

 

La normativité, elle, traite de la norme sociale, c’est-à-dire des habitudes linguistiques socialement valorisées ou acceptées, définies par les jugements de valeur. Elle scrute des phénomènes internes au fonctionnement des langues et désigne le fait que toute langue obéit à des organisations spécifiques aux plans phonétique, morphologique et syntaxique. Le principe de normativité donne donc à choisir parmi tous les usages d’une langue, ceux d’entre eux réputés corrects, le « bon usage ». Ce choix se fait au nom d’arguments divers reposant sur l’étymologie, le sentiment du beau linguistique, la filiation avec d’autres langues, la légitimité des locuteurs ou des scripteurs, etc.

 

Marie Louise Moreau (1997) distingues 5 types de normes : les normes objectives, les normes descriptives, les normes prescriptives, les normes subjectives et les normes fantasmées. En partant de cette catégorisation, ce collectif se veut une réflexion autour de la relation entre le français dit standard et les français régionaux ou locaux, rapport généralement perçu en termes d’opposition entre le « centre » et la « périphérie ». Car, la Francophonie est éclatée aujourd’hui, plus qu’hier, en une multitude de « polarités locales » de dimension variable. Et les comportements linguistiques donnent à constater qu’on glisse doucement de la représentation d’un espace franco-centré, avec une norme centrale unifiante et transcendante, à l’idée d’un espace polycentré où chaque pays ou région est susceptible de construire non seulement ses normes endogènes, mais aussi son rapport à des normes qu’elle hiérarchise et, au-delà, à sa propre référence. L’infiltration du français dans un grand nombre de cultures contemporaines invite ainsi, aujourd’hui plus que jamais, à dépasser l’opposition entre le « centre » et la « périphérie », non seulement parce que, du fait de la mondialisation, le centre partage désormais, avec la périphérie le dénominateur commun de la pluralité, mais aussi parce que la déterritorialisation des usages linguistiques rend obsolète la notion même de centre.

 

Aussi le collectif entend-il, à la suite de Robert Chaudenson, Pierre Dumont, Louis-Jean Calvet, Marie-Louise Moreau, interroger les rapports complexes que la langue française entretient avec la pluralité et spécifier les défis subséquents dès lors que le français s’offre comme une langue hégémonique et normée en même temps travaillée par la variation. S’intéressant ainsi à « l’empire linguistique mondial » (Ngalasso, 2012 : 32), le projet se veut un espace de réflexion ouvert à toutes les approches ((socio)linguistique, poétique, socioéconomique, sociologique, etc.) susceptibles de contribuer à questionner cette floraison qui entoure le destin de la langue française en tant qu’héritage en zone extra-hexagonale, dans ses rapports avec la norme en termes de pratiques, de gestion et d’enjeux.

 

Les axes de réflexion proposés ci-dessous, qui ne sont ni exclusifs ni alternatifs, s’intéressent aussi bien aux discours oraux qu’écrits, susceptibles d’éclairer l’une des perspectives ci-dessus envisagées. Les contributions pourront ainsi examiner/appréhender/ questionner, et pas exclusivement :

 

-       La crise de la norme dans l’écrire francophone : le concept de norme dans la langue française qui a évolué en voyageant est resté un reflet fidèle des mutations qui sont survenus dans la perception et dans la représentation de l’espace francophone.


-       Le fonctionnement et le rôle que jouent les différents types de normes pour une communication en français et leurs implications, socio-pragmatiques, politiques, didactiques, etc. chez des locuteurs d’origine, de conditions sociales et de cultures diverses, pratiquant le français avec des compétences et des performances inégales ;


-        Les relations entre le français ou les français et les idiomes avec lesquels il coexiste dans l’espace francophone ou ailleurs : comment et pourquoi les locuteurs qui sont loin d’utiliser partout et toujours la même langue, recourent à des niveaux et des registres différents, dans leurs styles propres ou individuels, dans les discours fictionnels, médiatiques, populaires, fonctionnels, non fonctionnels, etc. ;


-       Les normes endogènes manifestes en termes d’usages locaux (géolectes), sociaux (sociolectes), historiques (chronolectes) ou individuels (idiolectes) du français, caractérisées à la fois par leur tendance à l’autonomisation vis-à-vis du français standard et par la généralisation de leur emploi parmi toutes les couches sociales au sein de la communauté nationale ou régionale;


-       Les représentations sociales des groupes sociaux individués, consécutives au plus ou moins grand écart à la norme de celui ou celle qui perçoit ledit écart ;


-       Les processus normatifs dans la communication sociale en contexte multilingue. On pourra appréhender les parlers hybrides en revenant sur le problème de norme que ces parlers soulèvent en Francophonie. On pourra également étendre le champ de l’analyse aux autres discours sociaux, témoins des parlers hybrides, à savoir, les discours de la presse écrite et audiovisuelle, les productions polymodales, etc., dès lors qu’ils sont tout aussi importants dans la communication sociale en général. Il sera donc question de réfléchir sur le caractère simultané de la stabilité et de la flexibilité des pratiques sociales que nous appelons des langues et qui se construisent comme des entités identifiables, dans le processus d’hybridation.


-       La gestion de la norme et les enjeux associés en termes de politique linguistique ou autres;


-       Etc.

 

Les propositions de contribution d’environ 300 mots suivis de mots-clés doivent parvenir à l’équipe de coordination du projet, sous forme de fichier numérique, au plus tard le 15 avril 2018, à l’adresse : martinefandio@yahoo.fr

 

Calendrier indicatif

 

Périodes

Activités

1.    

26 janvier- 15 avril 2018

Réception des propositions de contribution

2.    

30 avril

Notification des avis du comité scientifique aux auteurs.

3.    

30 septembre  2018

Rédaction et soumission des contributions définitives pour ceux dont les propositions auront eu un avis favorable.

4.    

Octobre et novembre 2018

Évaluation des contributions soumises par les experts

5.    

décembre 2018 - janvier 2019

Corrections éventuelles des contributions de retour d’expertise.

6.    

Février 2019

Traitement de texte  et relecture

7.    

 Mars 2019

Soumission du manuscrit à l’éditeur

8.    

 Avril 2019

Sortie du collectif

 

Bibliographie

 

Abecassis Michaël, Ayosso Laure et Vialleton Elodie (Édité par), Le Français parlé au XXIe sièlce : normes et variations géographiques et sociales, Paris, l’Harmattan, 2007.

 

Abou Selim et Katia Haddad (dir.), Une francophonie différentielle, Paris, L’Harmattan, 1994.

 

Albert Christiane (sous la direction de), Francophonie et identités culturelles, Paris, Karthala, 1999.

 

Aurox Sylvain, La Raison, le langage et les normes, Paris, PUF, 1998.

 

Bavoux Claudine, Prudent, Lambert-Félix, Wharton, Sylvie (sous la direction de), Normes et plurilinguisme. Aires francophones, aires créoles, Lyon, ENS Éditions, 2008.

 

Bédard Édith & Maurais, Jacques, La Norme linguistique, Conseil Supérieur de la langue française, Paris- Montréal, Le Robert-Publications du Québec, 1983.

 

Calvet Louis-Jean & Moreau Marie-Louise (Éds), Une ou deux normes ? Insécurité linguistique et normes endogènes en Afrique francophone, Paris, CIRELFA, Agence de la Francophonie, Didier Érudition, 1993.

 

Conseil supérieur de la langue française de la communauté française de Belgique (Éds), Langue française et diversité linguistique, Bruxelles, De Boeck, 2006.

 

Dassi, Phrase française et francographie africaine (De l’influence de la socioculture), Muenchen, Lincom, 2008.

 

Dumont Pierre, Le Français, langue africaine, Paris L’Harmattan, 1990.

 

Fandio-Ndawouo Martine, Imaginaire linguistique, normalité et normativité en francographie africaine, dossier de HDR, Université de Yaoundé 1, 2016 (inédit)

 

Gadet Françoise, Le Français populaire, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1992.

 

Kassab-Charfi Samia (dir.), Altérité et mutations dans la langue. Pour une stylistique des littératures francophones, Bruylant-Academia s-a, n° 19, Louvain-La-Neuve, 2010.

 

Klinkenberg Jean-Marie, “Normes linguistiques, normes sociales, endogenèse », Normes endogènes et plurilinguisme, Lyon, ENS Éditions, 2008, p.17-32.

 

Manessy Gabriel et Wald Paul, Plurilinguisme : normes, situations, stratégies, Paris, L’Harmattan, 1979.

 

Mendo Ze Gervais (Éd.), Le Français langue africaine. Enjeux et atouts pour la francophonie, Paris, Publisud, 1999.

 

Ploog Katja et Rui Blandine (éd.), Appropriation du français en contexte multilingue. Éléments de sociolinguistiques pour une réflexion didactique à propos des situations africaines, Besançon, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2005.

 

Pöll Bernhard & Schafroth Elmar, (sous la direction de), Normes et hybridation linguistiques en francophonie, Paris, L’Harmattan, 2009.

 

Robillard Didier & Beniamino Michel (sous la direction de), Le Français dans l’espace francophone, Tome 1, Paris, Honoré Champion, 2010.

 

Trimaille Cyril, La Variation sociale en français, 2e édition, Paris, Ophrys, 2007.

 

Comité scientifique

 

Professeur Etienne Dassi, Université de Yaoundé 1

 

Professeur Mwatha Ngalasso Musanji, Université de Bordeaux Montaigne

 

Professeure Andrée Chauvin-Villeno, Université de Bourgogne-Franche-Comté, Besançon

 

Professeur Edmond Biloa, Université de Yaoundé 1/Université de Dschang 

 

Professeur Alpha Ousmane Barry, Université de Bordeaux-Montaigne

 

Professeur Clément Dili Palaï, Université de Maroua

 

Professeur Mongi Madini, Université de Bourgogne-Franche-Comté, Besançon

 

Professeure Christiane Félicité Ewane épse Essoh, Université de Yaoundé 1

 

Professeur J-J- Rousseau Tandia Mouafo, Université de Dschang

 

Professeur Valentin Feussi, Université de Tours

 

Professeur Ladislas Nzessé, Université de Dschang

 

Professeur Germain Eba’a, Université de Yaoundé 1

 

Professeur Alexis Bienvenu  Belibi, Université de Yaoundé 1

 

Professeur Gratien Atindogbé, Université de Buea

 

Professeur Jean-Benoît Tsofack, Université de Dschang

 

Professeure Martine Fandio-Ndawouo, Université de Buea

 

Comité de lecture

 

Professeure Martine Fandio-Ndawouo, Université de Buea

 

Professeur Alpha Ousmane Barry, Université de Bordeaux-Montaigne

 

Professeur Etienne Dassi, Université de Yaoundé 1

 

Professeur Ladislas Nzessé, Université de Dschang

 

Dr Marcel Essiene, Université de Douala

 

Dr Adeline Souop, Université de Buea

 

Dr Angeline Nkwescheu-Djoum

 

Dr Emmanuel Augustin Ebongue, Université de Buea

 

Dr Blaise Tsoualla, Université de Buea

 

Dr Pierre Martial Abossolo, Université de Dschang

 

Dr Emmanuel Tchoffogueu, Université de Buea

 

Dr Alexandre Djimeli, Université de Dschang

 

Coordinatrice du projet 

 

Martine Fandio-Ndawouo

 

Maître de Conférences, HDR

 

Département de Français,

 

Université de Buea, Cameroun

 

Courriel : martinefandio@yahoo.fr

 

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