Discours post-attentats
Mots. Les langages du politique, no 118

Date limite: 15 octobre 2017


 

Coordonné par Christian Le Bart, Gérôme Truc et Émilie Née

 

 

Les attentats qui ont ensanglanté la France ces derniers mois ont suscité au niveau politique des réactions qui, une fois surmontée la « sidération » première, ont été doubles : d’une part les dirigeants ont répondu par l’action publique avec des dispositifs visant à renforcer la sécurité dans les lieux publics et à démanteler les filières terroristes ; d’autre part ils ont apporté des réponses symboliques au fil de déclarations marquées par le souci de prôner le rassemblement, de rendre hommage aux victimes, et de rappeler leur détermination à lutter contre le terrorisme. Au-delà de la sphère strictement politique, les prises de parole se sont multipliées pour dénoncer, s’indigner, compatir, mais aussi pour tenter de comprendre ou d’expliquer. Intellectuels, militants ou simples citoyens « concernés » : tous ont pris part à ce qui s’apparente à une immense conversation sociale sur le sens des attentats et la réponse qu’il convient de leur apporter. Les médias ont imposé dans cette conversation un certain nombre de cadrages qui ont contribué à fixer le sens des événements et à les charger émotionnellement. Le choix des mots et des formules, la rhétorique des images, les mises en récit à diverses échelles (depuis la micro-trajectoire d’un terroriste jusqu’à la géopolitique mondiale), tout cela mérite d’être interrogé du point de vue de l’analyse du discours et plus généralement des sciences humaines et sociales.

 

L’objectif de ce dossier est d’analyser ces discours post-attentats en explorant par exemple les pistes de recherche suivantes :

 

- Les situations d’attentats sollicitent des registres discursifs multiples : rhétorique de l’émotion vs. argumentation plus étayée ; compassion vs. appel à la mobilisation. Quelles ont été précisément les émotions sollicitées en réaction aux attentats que la France a connus en 2015 et 2016 ? Tristesse et compassion ? Colère et indignation ? Quels sont les différents marqueurs de ces émotions ? Peut-on parler dans de telles circonstances de gouvernement des émotions, voire de gouvernement par les émotions ? On pourra s’intéresser aux catégories stéréotypées convoquées pour commenter ces registres.

 

- Les discours post-attentats donnent à voir un large consensus quant à l’illégitimité de la violence utilisée et à la nécessité de se rassembler. Les politiques concourent à ce consensus en appelant les citoyens à se rassembler et en invitant chacun à se sentir concerné par les évènements en même temps qu’ils l’utilisent comme une ressource politique venant conforter leurs positions de pouvoir. Quelle est l’économie discursive de cet appel au consensus ? Comment la dénonciation de la violence s’y organise-t-elle ? Quelle place y jouent les émotions, et lesquelles ? Quels en sont les ressorts linguistiques ? Les marqueurs partisans y sont-ils totalement évacués au profit d’une rhétorique adossée aux très consensuelles « valeurs de la République » ?

 

- Les attentats sont dénoncés, mais ils sont aussi expliqués. Quelles sont les grilles de lecture et les types d’arguments mobilisés dans ces discours explicatifs ? Intellectuels, chercheurs, journalistes, politiques, mais aussi simples citoyens (dans les courriers qu’ils peuvent adresser à des journaux ou sur les réseaux sociaux) proposent des lectures du djihadisme qui, en simplifiant, mettent tantôt l’accent sur la géopolitique internationale, tantôt sur les lignes de fracture internes à la société française. Quels sont les arguments des uns et des autres, et comment le discours explicatif se déploie-t-il ? Qui est autorisé, ou s’autorise, à intervenir sur de telles questions ? De quelle manière le débat public se constitue-t-il autour d’elles et quelle place y occupent les acteurs périphériques du champ politique ? Ce débat renforce-t-il au final le consensus orchestré par les pouvoirs publics ou le fragilise-t-il au contraire ?

 

- L’orchestration gouvernementale des réactions aux attentats trouve sa limite dans la force des initiatives plus ou moins spontanées au travers desquelles les citoyens disent et manifestent leur émotion, que ce soit en place publique, dans la rue, ou sur les réseaux sociaux. La constitution de mémoriaux éphémères en hommage aux victimes, à côté des innombrables fleurs, bougies et objets divers chargés d’une dimension symbolique (crayons et stylos après les attentats de janvier 2015, instruments de musique et bouteilles de bière après ceux du 13 novembre 2015, ours en peluche après ceux de Nice en juillet 2016) laisse une large place à des écrits de toutes formes. Là encore, il y a matière à analyse. Quels discours s’organisent au travers de ces écrits ? Quelle en est la portée et qui en sont les porteurs ? Quels en sont aussi les topoï ? En quoi ces discours incarnent-ils une « voix du peuple » ou un « contre-discours » par rapport aux discours gouvernementaux ?

 

- Enfin, réagir au terrorisme par la prise de parole ne va pas de soi. Le silence peut être considéré, eu égard à la gravité des événements, comme une réponse plus adéquate (en témoignent les minutes de silence). Le temps peut sembler aussi être davantage à l’action qu’aux discours et aux débats. Un premier ministre a par exemple pu s’inquiéter d’une démarche qui consisterait à trop complaisamment à « comprendre » le recours au terrorisme (« Expliquer, déclarait Manuel Valls, c’est déjà vouloir un peu excuser ») au lieu d’agir à son encontre. Alors que le débat est la norme en démocratie, comment peut-il, en ces circonstances exceptionnelles, être ainsi frappé de suspicion ? Comment ce vieux clivage opposant les actes aux paroles peut-il être réactivé pour justifier des décisions "énergiques" réputées plus efficaces que les "discours" ?

 

Modalités de soumission

 

Les contributions pourront prendre la forme d’articles (maximum 45 000 signes tout compris) ou de notes de recherche (maximum 20 000 signes tout compris). Les auteurs devront soumettre aux trois coordinateurs, avant le 15 octobre 2017, un avant-projet (3 000 signes maximum tout compris), dont l’acceptation vaudra encouragement mais non pas engagement de publication. Les contributions devront être proposées aux trois coordinateurs avant le 10 janvier 2018. Conformément aux règles habituelles de la revue, elles seront préalablement examinées par les coordinateurs du dossier, puis soumises à l’évaluation doublement anonyme de trois lecteurs français ou étrangers de différentes disciplines. Les réponses aux propositions de contributions seront données à leurs auteurs au plus tard fin mars 2018, après délibération du Comité éditorial. La version définitive des articles devra être remise aux coordinateurs avant le 15 mai 2018.

 

Les textes devront respecter les règles de présentation habituellement appliquées par la revue https://mots.revues.org/​76. Ils devront être accompagnés d’un résumé et de cinq mots-clés qui, comme le titre de l’article, devront également être traduits en anglais et en espagnol.

 

Coordinateurs : Christian Le Bart, IEP Rennes, lbrt35@club-internet.fr ; Gérôme Truc, CNRS-ISP, gerome.truc@cnrs.fr ; Émilie Née, Paris 12, CEDITEC, emilie.nee@u-pec.fr.

 

En ligne: https://mots.revues.org/22920

 

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