Norme et érection de modèles dans les arts et les lettres : impasses et issues
Lieu: Université de Maroua (École normale supérieure), Cameroun
Date de l'événement: 3 novembre 2017

Date limite: 15 octobre 2017


 

On recourt au terme de norme dans plusieurs domaines d’activités (industrie, société, grammaire, etc.) pour désigner la conformité d’un état de chose à une tradition ou une manière de faire établie par une ou des règles reconnu(e)s comme faisant autorité en la matière. Ainsi devient-on coutumier de la diversité des applications de la norme : norme sociale, normes de production, norme épistémologique, norme méthodologique, norme esthétique, etc.

 

En grammaire, la question de la norme ne constitue pas une préoccupation nouvelle. Le débat sur le meilleur usage anime le XVIe siècle français. Chez les premiers théoriciens, comme le grammairien Sylvius (1531), il y a création de modèles théoriques fondés sur une prétendue pureté originelle de la langue et sur un souci de donner une norme artificiellement définie. Au milieu du siècle, la tendance est à la rationalisation de la langue à partir de modèles fournis par l’usage du peuple considéré comme « souverain seigneur de la langue ». La réflexion touche les modèles de la langue écrite. Pour que la langue vulgaire acquière un vrai statut de langue, il faut qu’elle ait ses auteurs d’excellence, « ses Cicérons, ses Virgiles, ses Homères et ses Démosthènes ».

 

Mais la définition de la norme comme dispositif de régulation et de consécration du bon usage de la langue pose problème : la norme n’est jamais que la manifestation d’un consensus limité. Il s’agit au contraire de l’émanation d’une élite intellectuelle, sociale ou professionnelle. Ainsi Richelieu fonde en 1635 l’Academie (40 membres élus à vie) avec fonction de « travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences. » Il donne un caractère officiel au groupe de gens de lettres formé en 1629 auquel appartient Claude Vaugelas. Boileau, La Fontaine, Corneille, Racine, Bossuet, Fénelon siégeront à L’Académie aux côtés d’hommes politiques comme Colbert. L’Académie française dans sa fondation a en charge de fournir les documents de référence. Vaugelas, premier grammairien lexicographe de l’Académie, commence à travailler, dès 1639, au dictionnaire dont la première édition ne date que de 1694.

 

Dans ses Remarques sur la Langue Françoise utiles à tous ceux qui veulent bien parler et bien escrire (1647) qui eurent un grand succès, Vaugelas recherche la norme, c’est-à-dire « la façon d’escrire de la plus saine partie de la Cour, conformément à la façon d’escrire de la plus saine partie des Autheurs de temps… » Tout le 17e siècle est le siècle des Remarques, qui observent la langue française et disent le bon usage et, comme Vaugelas, trouvent « insuportables » un certain nombre des tours ou leur affectent des emplois très spécifiques. Cette norme est un idéal de pureté, de netteté et de clarté qui régit le classicisme, hors des provincialismes, du langage populaire et des mots bas, des archaïsmes, des langues techniques, des latinismes pédants. « La normalité, affirme cependant Fernand Ouellette, demeure une question relative à une époque et à une civilisation. Or chaque culture a tendance à croire que son équilibre est la norme universelle. »

 

En cette matière, les sociétés modernes, suspicieuses des idées reçues, de l’arbitraire des règles et de l’inflation de l’exception, plus enclines à définir leurs propres modèles à partir de l’observation, renoncent désormais à vulgariser des dogmes, éprouvent de plus en plus de mal à assumer certains héritages normatifs ou à se conformer aux pratiques inspirées de l’orthodoxie traditionnelle. Qu’il s’agisse de la grammaire, de la gouvernance, de l’art ou de tout autre domaine, l’engouement pour la démarche structuraliste, réaction critique à la tendance à ériger l’exception en règle, s’explique par l’élaboration de concepts porteurs d’une formalisation des faits et, surtout, de la formulation de principes prédictifs. On assiste encore néanmoins à l’émiettement des modèles de norme standard, à l’érection de normes particulières. L’universalité de la norme semble dès lors hors d’atteinte. L’est-elle ? On est incidemment conduit, si l’on admet le postulat saussurien que la langue est un système, à questionner le statut-même ainsi que les pratiques de la norme : s’agit-il d’un immanentisme ou plutôt d’un transcendantalisme ? Les réflexions de la journée d’étude auront pour objectif d’élaborer des éléments de réponse à ces questions, et à bien d’autres. Elles pourront s’orienter vers les directions suivantes :

 

-        Les pratiques dogmatiques

 

-        La standardisation des exceptions

 

-        La réécriture des codes

 

-        Le déni de norme 

 

-        Les canons artistiques et littéraires

 

-        Les codes sociaux

 

La journée d’étude se tiendra le 3 novembre 2017 à l’École normale supérieure de Maroua.

 

Les propositions de communications sont à adresser à jacquesevouna@yahoo.fr au plus tard le 30 août 2017.

 

Dates importantes :

 

-        Soumission des propositions : 30 août 2017.

 

-        Notification d’acception : 10 septembre 2017.

 

-        Réception des textes définitifs : 15 octobre 2017.

 

-        Programme 20 octobre 2017.

 

-        Journée d’étude : 3 novembre 2017.

 

Dernier numéro

S'abonner

Annoncer sur Framonde

Vous pouvez l’alimenter en adressant vos annonces sous fichier joint dans le cadre de ces rubriques à : francais-langues@auf.org

Les annonces doivent être rédigées sous format word, odt ou rtf (caractères Times New Roman ou Arial).

Archives de publication

Copyright AUF - Contact