L’héritage de Lucien Tesnière. 60 ans après la parution des Éléments de syntaxe structurale
Lieu: Sorbonne Université (France)
Date de l'événement: 5 – 6 – 7 septembre 2019

Date limite: 15 janvier 2019


 

Né en 1893 à Mont-Saint-Aignan et décédé en 1954 à Montpellier, L. Tesnière reste à ce jour l’une des figures de proue de l’histoire des sciences du langage, auteur des célèbres Éléments de syntaxe structurale (1959, œuvre posthume) dont nous fêterons le soixantième anniversaire en 2019. À cette occasion, nous aimerions revenir sur la réception contemporaine de l’œuvre de L. Tesnière.

 

Alors que son intérêt paraissait limité à la fin des années soixante d’après M. Arrivé,

 

« Pour le linguistique d’aujourd’hui, la théorie syntaxique de Tesnière n’a plus qu’un intérêt historique. A cet égard son ambiguïté même est le signe de sa richesse. Élaborés dans une relative solitude, les concepts essentiels de la Syntaxe structurale sont restés pour une bonne part à l’écart des tendances linguistiques de leur temps. Il leur arrive aujourd’hui de rencontrer, par deux voies différentes, quelques-uns des thèmes centraux de la réflexion linguistique contemporaine. » (Arrivé 1969 : 40)

 

la pensée tesniérienne a pourtant connu par la suite un essor considérable, faisant de son auteur l’un des Immortels en sciences du langage dont l’influence, ainsi que l’avait déjà relevé F. Corblin au début des années 1990, a rapidement excédé les limites de la syntaxe.

 

« Peu d’ouvrages ont reçu une aussi large audience et une réception aussi paradoxale. Les théories de Tesnière, du moins ses concepts de départ (nœud verbal, valence, actants, circonstants) ont connu un grand retentissement, et qui dépasse largement le cadre de la linguistique. On reconnaît très largement à Tesnière le mérite d’avoir le premier formulé de manière conséquente une alternative à l’approche syntaxique fondée sur la dualité sujet-prédicat. Cependant, on ne saurait dire que le modèle ait eu une influence décisive sur le cours des études syntaxiques dans les trente dernières années. C’est plutôt dans certains secteurs d’application (traitement automatique du langage dans les années 60, pédagogie, notamment dans le domaine germanique) que les concepts de Tesnière ont connu le plus de succès. » (Corblin 1991 : 227)

 

À l’aube du XXIe siècle, les travaux recourant à l’une ou l’autre notion développée dans les Éléments de syntaxe structurale de L. Tesnière sont pléthoriques :

 

« Face à l’ampleur des travaux d’inspiration tesniérienne, on pourrait être surpris par la minceur de l’œuvre publiée par Tesnière. En effet, les 2400 travaux de recherche portant sur ce linguiste, recensés par Schumacher (1988), dans sa rétrospective bibliographique commentée, n’en représentent actuellement que les 2/3, en raison des importantes synthèses plus récentes, telles que Welke (1988), Gansel, Helbig, Storrer (1992) et Jacobs, en dehors des Colloques-jubilé de Rouen, Strasbourg et Ljubljana en 1993. » (Gréciano 1999 : 158)

 

Aujourd’hui encore, une série de principes fondateurs de la syntaxe structurale de L. Tesnière continuent de séduire de nombreux linguistes, notamment par leur efficacité, leur simplicité, leur maniabilité et leur empiricité, qualités bien utiles pour des études de linguistique descriptive, générale ou typologique. Mais la syntaxe structurale de L. Tesnière n’est pas infaillible ; l’auteur s’en adressait lui-même la critique. C’est le cas par exemple des (second et tiers) actants et des circonstants qui ne connaissent pas de frontière nette :

 

« [] certains compléments qui présentent un caractère indubitable de circonstants du fait qu’ils comportent une préposition, ne s’en rapprochent pas moins singulièrement des actants par l’étroitesse de leur connexion avec le verbe dont le sens apparaît incomplet sans eux : p. ex. fr Alfred change de veste. » (Tesnière 1965 [1959] : 128)

 

Certaines des pierres sur lesquelles achoppait L. Tesnière ont depuis lors été contournées par l’instauration de notions nouvelles comme l’adjet (Feuillet  1978, 1980 ; Lazard 1994 ; Creissels 1995) ou l’adstant (Lazard 1999), termes dont on retrouve l’acception sous l’étiquette de « complément essentiel » (e.g. « de lieu ») du côté de la grammaire scolaire.

 

Bien entendu, ce problème n’est qu’un exemple (parmi tant d’autres) d’essor de la théorie de L. Tesnière. Il ne doit nullement venir occulter la richesse des apports syntaxiques mais également non syntaxiques de l’auteur. Car l’héritage de L. Tesnière ne saurait se limiter au champ de la syntaxe. Il semble concerner au contraire l’ensemble des sciences du langage en regard de l’écho qu’ont trouvé les Éléments de syntaxe structurale (1959) dans bien d’autres domaines de la linguistique comme la sémantique, qui a su tirer profit de la notion de valence verbale par exemple, ou la morphologie, qui s’est enrichie notamment des travaux de l’auteur sur la translation.

 

Ce colloque souhaite donc faire le point sur l’héritage de la pensée tesniérienne dans les différents domaines des sciences du langage (syntaxe, sémantique, morphologie, etc.), tout cadre théorique confondu. Il sera l’occasion de revenir sur les ramifications ou revisites contemporaines des concepts tesniériens dans le monde, dans une optique descriptive, typologique ou de linguistique générale, et sur l’impact de la syntaxe de dépendance en TAL. Il accueillera également à bras ouverts les études sur l’histoire de la réception de l’œuvre de L. Tesnière, comme il offrira la possibilité de revenir sur l’influence de la syntaxe structurale tesniérienne sur le (développement du) discours grammatical scolaire ou l’écho de ce discours dans le milieu universitaire, en France comme par-delà les frontières de l’Hexagone.

 

Quelques références

 

ARRIVÉ M., 1969, « Les Éléments de syntaxe structurale de Lucien Tesnière », Langue française 1 : 36-40.

 

COP B. & al. (dir.), 1994, Mélanges Lucien Tesnière. Linguistica XXXIV/1, Ljubljana.

 

CORBLIN F., 1991, « Lucien Tesnière (1893-1954). Éléments de syntaxe structurale », in H. Huot (dir.), La grammaire française entre Comparatisme et Structuralisme. 1870-1960, Paris, Armand Colin : 227-249.

 

CREISSELS D., 1995, Éléments de syntaxe générale, Paris, PUF.

 

FEUILLET J., 1978, « Étude fonctionnelle de la phrase », Cahiers d’allemand 13 : 100-120.

 

FEUILLET J., 1980, « Les fonctions sémantiques profondes », Bulletin de la Société de Linguistique de Paris 75 : 1-37.

 

FOURQUET J., 1993, "Ce que je dois à Tesnière", in G. Gréciano & H. Schumacher (dir.), Lucien Tesnière – Syntaxe structurale et opérations mentales. Actes du colloque à Strasbourg, Berlin, De Gruyter : 1-6.

 

GRÉCIANO G., 1999, « De Lucien Tesnière à Jean Fourquet. Éléments de dépendance dans la grammaire du signifié », in C. Cortès & A. Rousseau (dir.), Catégories et connexions, Presses universitaires du Septentrion : 157-170.

 

GRÉCIANO G., SCHUMACHER H. (dir.), 1996, Lucien Tesnière – Syntaxe structurale et opérations mentales, Berlin, De Gruyter.

 

KABANO A., 2000, « Le destin de la théorie syntaxique de Lucien Tesnière (1893-1954), Historiographia linguistica 27/1 : 103-126.

 

LAZARD G., 1994, L’actance, Paris, PUF.

 

LAZARD G., 1999, « Pour une terminologie rigoureuse : quelques principes et propositions », Mémoires de la Société de Linguistique de Paris 6, 111-133.

 

MADRAY-LESIGNE  F., RICHARD-ZAPPELLA J. (dir.), 1995, Lucien Tesnière aujourd’hui, Actes du colloque international à l’Université de Mont-Saint-Aignan, 1992, Louvain, Peeters.

 

MAZZIOTTA N., « Nature et structure des relations syntaxiques dans le modèle de Lucien Tesnière », Modèles linguistiques 69 : 123-152.

 

MAZZIOTTA N., KAHANE S., 2015, « L’émergence de la syntaxe structurale de Lucien Tesnière », Actes du colloque « Entre vie et théorie : la biographie des linguistes dans l’histoire des sciences du langage », Amiens, France : en ligne.

 

Mel’čuk I. A., 2004, "Actants in semantics and syntax I: Actants in semantics", Linguistics 42/1: 1-66.

 

SCHUMACHER H., 1988, Valenzbibliographie, Mannheim.

 

TESNIERE L., 1953, Esquisse d'une syntaxe structurale, Paris, Klincksieck.

 

TESNIERE L., 1959, Eléments de syntaxe structurale, Paris, Klincksieck.

 

TESNIERE L., 2015, Elements of structural syntax, traduction de T. Osborne & S. Kahane, John Benjamins, Amsterdam.

 

Modalités pratiques –

 

Langues des communications

 

Les communications se feront en français ou en anglais.

 

Calendrier

 

Remise des propositions (en français ou en anglais, de 2 pages maximum, espaces et bibliographie compris) avant le 15/01/2019, à l’adresse électronique suivante : colloque.tesniere@gmail.com.

 

Comité d’organisation :

 

Franck Neveu (Sorbonne Université, STIH) : franck.neveu@paris-sorbonne.fr

 

Audrey Roig (Université Paris Descartes, EDA) : audrey.roig@parisdescartes.fr

 

Comité scientifique :

 

Marie-José Béguelin (Université de Neuchâtel)

 

Sylviane Cardey (Université de Franche-Comté)

 

Denis Creissels (Université Lumière Lyon 2)

 

Mats Forsgren (Université de Stockholm)

 

Antoine Gautier (Sorbonne Université)

 

Sylvain Kahane (Université Paris Nanterre)

 

Caroline Lachet (Université Paris Descartes)

 

Peter Lauwers (Université de Gand)

 

Nicolas Mazziotta (Université de Liège)

 

Franck Neveu (Sorbonne Université)

 

Audrey Roig (Université Paris Descartes)

 

Olivier Soutet (Sorbonne Université)

 

Anne-Gaëlle Toutain (Université de Berne)

 

Dan Van Raemdonck (Université libre de Bruxelles)

 

Marc Wilmet (Université libre de Bruxelles)

 

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