Le nouchi : notre français ? Parlers urbains africains : pratiques, marges et territoires linguistiques (francophonie, anglophonie…)
Colloque international pluridisciplinaires
Lieu: Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire
Date de l'événement: 13, 14 et 15 mars 2019

Date limite: 31 octobre 2018


 

À l’instar de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne anciennement colonisés par la France, la Côte d’Ivoire a fait le choix du français comme langue officielle dès la proclamation de son Indépendance. Fort de ce statut de langue de l’instruction, de l’administration et des services, pour ne citer que cela, le français a pu aisément s’enraciner dans le tissu linguistique ivoirien. Par ailleurs, la situation du français en Côte d’Ivoire révèle un long processus d’appropriation et la plupart des linguistes, spécialistes de la Côte d’Ivoire s’accordent à en décrire le résultat comme un continuum linguistique avec à ses extrémités le français « standard » et le « nouchi ». Lors du Colloque International de Dakar de décembre 1990 « Des langues et des villes » [1] Jérémie N’guessan Kouadio s’interrogeait dans sa communication « Le nouchi abidjanais, naissance d’un argot ou mode linguistique passagère ? », quant à l’aptitude du nouchi ivoirien à survivre au temps. Environ trente ans après cette réflexion et quarante-sept ans[2] après la création du nouchi, force est de reconnaitre la vitalité et l’omniprésence de ce parler dans les usages linguistiques ivoiriens. De ce fait, les prévisions des chercheurs selon lesquelles cette pratique linguistique disparaîtrait progressivement grâce à une amélioration du système éducatif favorisant l’accès à un apprentissage guidé de la langue française, ne se sont pas réalisées.

 

Comme l’observent Aboa (2015) et Kouadio (2008), le nouchi a été, à l’origine, un argot essentiellement utilisé par des jeunes urbanisés au français souvent rudimentaire, qui y trouvaient à la fois un code cryptique et un signe de reconnaissance. Des raisons qui sont quasiment les mêmes que celles ayant entrainé la création de certains parlers  urbains africains comme le sheng, le scamto, l’indoubil, lingala ya ba yankees (argot kinois), camfranglais (Kießling et Mous, 2004). Selon Dodo et Allou (2016) « les parlers urbains africains dans leur évolution tendent à s’enraciner durablement dans les mœurs de leurs utilisateurs. Quoiqu’étant issus de pays différents, ces parlers sont nés et évoluent dans des contextes socio-linguistiques quasi-identiques. Autrefois trainés aux gémonies, ces sociolectes sont maintenant exaltés. »

 

Lafage (2002 : 35) - alors qu’elle affirmait qu’« en 1986, les ivoiriens pensaient que le nouchi avait supplanté le FPI (le français populaire ivoirien) en l’assimilant » - considère que le nouchi est un sociolecte autrement dit un moyen pour une classe sociale de s’affirmer et de revendiquer son identité. Aujourd’hui, le nouchi tend à se généraliser à toutes les couches de la société ivoirienne (Ploog, 2000 et 2001 ; Aboa, 2011 ; Kouamé, 2012 et 2013) et progressivement infiltre certains lieux  de prédilection du français standard (langue officielle) que sont l’école et la politique.

 

En marge de ces différentes prises de position théoriques, la recherche a aussi amplement contribué à la description linguistique du nouchi à travers des études sur son fonctionnement lexical. Il s’agit notamment des travaux de Kouadio (2000) et Ahua (2006) qui ont récemment donné lieu au dictionnaire de référence anthologique publié chez l’Harmattan (Kadi, 2017). D’autres travaux tels que ceux de Kouadio (1990, 2006), Boutin (2002, 2008) et Ahua (2007, 2008) ont mis en évidence le fonctionnement syntaxique du nouchi. Pour leur part, Kouacou (2015) et Dodo (2015), dans leur thèse respective, ont actualisé les recherches (linguistiques et sociolinguistiques) sur le nouchi.

 

Le présent colloque se donne donc pour ambition de faire le point des avancées scientifiques observées dans l’étude de ce phénomène linguistique. Sont conviés à ces assises qui se veulent pluridisciplinaires, les chercheurs en sciences du langage, en philosophie, en psychologie et en sociologie du langage, en littérature et cultural studies soucieux de mettre en lumière leurs travaux sur les parlers urbains africains en général et de façon particulière sur  le nouchi, son statut de langue, ses rapports fusionnels ou exclusifs avec les autres variétés de français (FPI, français standard et français ivoirien) existant en Côte d’Ivoire, ses liens avec les autres langues africaines et européennes, sa richesse stylistique, son actualisation poétique, littéraire et musicale, la portée argumentative de son emploi dans les discours politiques ou publicitaires, son identification en tant que mécanisme de fixation identitaire etc.

 

Axes de recherche

 

Axe 1 : Contextes d’apparition et d’émergence

 

Axe 2 : Dynamique des parlers urbains : description linguistique

 

Axe 3 : Attitudes, représentations linguistiques et discursives

 

Axe 4 : Parlers urbains et arts

 

Axe 5 : Parlers urbains africains : convergences et divergences

 

Axe 6 : De la didacticité des parlers urbains 

 

Axe 7 : Parlers urbains africains en littératures (roman, poésie, théâtre, nouvelles)

 

Axe 8 : Parlers urbains et politiques linguistiques

 

Axe 9 : Parlers urbains au prisme de la philosophie, la psychologie et la sociologie du langage

 

Axe 10 : Parlers urbains et développement (durable)

 

Les résumés de communication en français ou en anglais (500 mots au maximum) sont à envoyer conjointement aux courriels suivants : dorgeleshouessou@yahoo.fr, jeanclaude.dodo@gmail.com et yvesyouant@gmail.com

 

Calendrier 

 

Le calendrier prévisionnel du colloque s’établit ainsi :

 

- 31 octobre 2018 : date limite de réception des propositions de communications (résumés) ;

 

- du 2 au 12 novembre 2018 : notifications aux auteurs ;

 

- du 05 au 27 février 2019 : réception de la version complète ou du powerpoint de la communication.

 

Organisateur : Laboratoire de Description de Didactique et de Dynamique des Langues en Côte d’Ivoire (L3DLCI)

 

Coordinateurs :

 

HOUESSOU Dorgelès

 

DODO Jean-Claude

 

YOUANT Yves-Marcel

 

Comité scientifique

 

Maarten Mous (Université de Leyde, Pays-Bas)

 

Kouadio N’guessan Jérémie (Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire)

 

Biaka Zasseli Ignace (Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire)

 

Nicolas Quint (LLACAN, INALCO Villejuif, France)

 

Jean-Marie Kouakou (Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire)

 

Adama Coulibaly (Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire)

 

Bohui Hilaire (Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire)

 

Abolou Camille (Université Alassane Ouattara, Côte d’Ivoire)

 

Mebiamé-Akono Pamphile (Université Omar Bongo, Gabon)

 

Kouassi Kouamé Germain (Université Alassane Ouattara, Côte d’Ivoire)

 

Irié Bi Gohy Mathias (Université Alassane Ouattara, Côte d’Ivoire)

 

Kouabenan Kossonou François (Université Alassane Ouattara, Côte d’Ivoire)

 

Adom Marie-Clémence (Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire)

 

Koffi Lezou Danielle (Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire)

 

Béatrice Akissi Boutin (Université Jean-Jaurès de Toulouse, France)

 

Aboa Alain Laurent (Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire)

 

Kouamé K. Jean-Martial (Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire)

 

Bogny Yapo Joseph (Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire)

 

Kossonou K. Théodore (Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire)

 

Fobah Eblin Pascal (Université Alassane Ouattara, Côte d’Ivoire)

 

Koffi Ehouman René (Université Alassane Ouattara, Côte d’Ivoire)

 

Fridah Erastus (Université Kenyatta, Kenya)

 

Ellen Hurst-Harosh (Université de Cape Town, Afrique du Sud)

 

Heather Brookes (Université de Cape Town, Afrique du Sud)

 

Taiwo Oloruntoba-Oju (Université d'Ilorin, Nigeria)

 

Bibliographie

 

Aboa, A. L. (2015). « La dynamique du français en milieu urbain à Abidjan », dans Sudlangues, n°24, Dakar, pp.50-65

 

Aboa, A. L. (2011). « Le nouchi a-t-il un avenir? », dans Sudlangues, n°16, Dakar, pp.44-54

 

Aboa, A. L. (2011). « Norme scolaire et norme endogène du français en Côte d'Ivoire», dans Revue Imo Irikisi n°10, Cotonou

 

Abolou, C.R. (2012). Les français populaires africains. Franco-véhiculaire, franc-bâtard, franco-africain. Préface de Jérémie Kouadio N’Guessan. Paris : L’Harmattan

 

Abolou, C.R. (2006). L’Afrique, les langues et la société de la connaissance. CNRS Éditions, Paris (France).

 

Adom, M. C. (2012). Des formes de la nouvelle poésie ivoirienne, essai de théorisation du zouglou. Thèse pour le doctorat d’état, Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan.

 

Ahua, M. B. (2007). « Élaborer un code graphique pour le nouchi : une initiative  précoce ? », dans Le français en Afrique n°22, Paris,  pp.183-198.

 

Ahua, M. B. (2006). « La motivation dans les créations lexicales en nouchi », dans Le Français en Afrique n° 21, pp. 143-157.

 

Ahua, M. B. (1995-1996).  L’argot des lycéens d’Abidjan, Mémoire de maîtrise, Université de Cocody-Abidjan.

 

Boutin, A.B. (2008). « Norme endogène ivoirienne et subordination », dans Normes endogènes et plurilinguisme, S. Wharton, C. Bavoux & F. Prudent (eds), Éditions de l’ENS.

 

Boutin, A.B. (2002). Description de la variation : Études transformationnelles des   phrases du français de Côte d’Ivoire. Thèse de Doctorat en Sciences du langage, Université Grenoble 3.

 

Boutin, A.B. et Dodo, J-C, 2016. « L’actualisation du lexique et des expressions du nouchi comme participation sociale des jeunes à Abidjan » dans Cheminements Linguistiques (Mélanges en hommage à N’guessan Jérémie KOUADIO), pp 514-532, Éditions Universitaires Européennes, Berlin

 

Boutin, A. B. et Kouadio, N’guessan J. (2015). « Le nouchi c’est notre créole en quelque sorte, qui est parlé par presque toute la Côte d’Ivoire », dans Blumenthal, P. (éd.), Dynamique des français africains : entre le culturel et le linguistique, p. 251-271. Berne : Peter Lang.

 

Bulot, T. (2004c). « Les parlers jeunes et la mémoire sociolinguistique Questionnements sur l’urbanité langagière », dans Cahiers de Sociolinguistique 9, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 133-147.

 

Calvet, J.L. (1997), « Le nouchi, langue identitaire ivoirienne ? », dans Diagonales 42

 

Calvet, L.J. (1994). L’argot, Que sais-je ? Paris, PUF.

 

Dodo, J-C et Allou, S., (2016). « Les parlers urbains africains : regard sur la construction d’une nouvelle identité endogène ». Communication présentée au Colloque International Pluridisciplinaires du LAASSE « Regards croisés des Sciences sociales et humaines sur les dynamiques actuelles des sociétés africaines » 16-17 mars 2016/ Campus Bingerville/ Université FHB

 

Dodo, J-C. et Youant, Y-M. (2017). « Le nouchi : une menace ou un  tremplin pour la promotion des langues ivoiriennes ? », dans SANKOFA (Revue scientifique des Arts, de la Culture, des Lettres et Sciences Humaines) No12, pp 132-141, INSAAC, Abidjan

 

Dodo, J-C. (2015). Le nouchi : étude linguistique et sociolinguistique d’un parler urbain dynamique. Thèse unique de Doctorat, Université Félix Houphouët-Boigny, Cocody-Abidjan, 353 P.

 

Halliday, M. A. K. (1976). "Antilanguages", in Languages as a Social Semiotic : The Social Interpretation of Language and Meaning. London: University Park Press.

 

Hurst-Harosh E. and Erastus F. K. (Eds). (2018). African Youth Languages (New Media, Performing Arts and Sociolinguistic Development), Palgrave Macmillan

 

Kießling, R. et Mous, M. (2010). « Vous nous avez donné le français, mais nous sommes pas obligés de l’utiliser comme vous le voulez », in Youth Languages in Africa, pp-362-377.

 

Kießling, R. and Mous, M. (2004). « Urban Youth Languages in Africa », in Anthropological Linguistics 46, 3, 303- 341.

 

Kouacou, N. J. (2015). Le nouchi en Côte d’Ivoire, description d’une variété de français en pleine évolution, Abidjan, Thèse de doctorat, Université Félix Houphouet Boigny, 528 p.

 

Kouadio, N. J. (2008). « Le français en Côte d’Ivoire : de l’imposition à l’appropriation décomplexée d’une langue exogène », dans Documents pour l’histoire du français langue étrangère ou seconde 40/41, 179-197.

 

Kouadio, N. J. (2007). « Le français : langue coloniale ou langue ivoirienne? »,  dans Hérodote, La Découverte 126, 69-85.

 

Kouadio, N. J. (2006). « Le nouchi et les rapports dioula / français », Des inventaires lexicaux du français en Afrique à la sociologie urbaine …Hommage à Suzanne Lafage. Le français en Afrique 21. Nice : ILF – CNRS, 177-191.

 

Kouadio, N. J. (1990). «Le nouchi abidjanais, naissance d´un argot ou mode linguistique passagère ?», dans Des langues et des villes, pp 373-383, Paris, ACCT/Didier Erudition

 

Kouamé, K. J.-M. (2013). «Vers une généralisation du parler jeune de Côte d’Ivoire», in La revue des Lyriades de la Langue française n°1, Angers, 70-76.

 

Kouamé, K. J.-M. (2012). « Le nouchi: creuset de la diversité culturelle et linguistique de la Côte d’Ivoire », Numéro 7, Vol.1, 69-77.

 

Ploog, K. (2000). « La Norme dans l'observation des normes abidjanaises: étude d'un continuum linguistique », dans  Lengas, 23(48), 103-128.

 

Ploog, K. (2001). « Le non-standard entre norme endogène et fantasme d’unicité», dans Cahiers d'études africaines 3, (n° 163-164), p. 423-442 URL : www.cairn.info/revue-cahiers-d-etudes-africaines-2001-3-page- 423.htm. Page consultée le 25 février 2013.

 

Tsofack, J. B. (2006), « Le camfranglais ou la norme du français en péril au Cameroun ?», dans Analyses (Langages, textes et sociétés), n° 11, Revue franco -africaine des Sciences du langage (en ligne), CPST, Université de Toulouse Le Mirail, pp. 31-50.

 

Youant, Y-M ; Kouacou N. J. et  Dodo J.-C. (à paraitre). « De la rue à internet, le nouchi entre vitalité, dynamisme et conquête d'espaces »

 

 

 

[1] Les Actes ont été ensuite publiés par Gouaini/Thiam (éds.) dans l’ouvrage Des Langues et des villes. Paris, ACCT/Didier Erudition.

 

[2] Selon certains locuteurs, le nouchi a fait ses premières apparitions en 1970 (Dodo, 2015) 

 

 

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