Hétérogénéités et diverses hybridations en corpus des lettres et sciences sociales
Journée d’études
Lieu: Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Yaoundé (Cameroun)
Date de l'événement: 12 avril 2019

Date limite: 15 janvier 2019


 

Organisée conjointement par l’ACCL (Atelier de Critique et de Créativité Littéraires), le CERESA (Centre d’Études et de Recherches en Sémiotique Appliquée) et le ceresc (laboratoire Camerounais d’Études et de Recherches sur les Sociétés Contemporaines), cette journée d’études, qui se veut transdisciplinaire, s’inscrit dans l’actualité de la recherche en matière d’intérêt commun porté au rendement heuristique de la notion de corpus[1]. Car quoique cette dernière connaisse ses développements les plus avancés dans la linguistique, elle joue un rôle crucial dans l’essor scientifique moderne tout entier et relève spécialement du succès que le modèle structural (pertinence, segmentation, commutation, oppositions, horizons de clôture) a eu dans les sciences sociales en général. C’est un sociologue, Pierre Achard[2], qui avalise pour nous une telle transversalité sur l’observable :

 

Les principes de recherche de la linguistique structurale qui se sont montrés féconds en phonologie sont suffisamment généraux pour pouvoir s'appliquer à toute une série de données qui n'ont rien de langagières […]. Le structuralisme linguistique offre donc tout à la fois un modèle de scientificité venu de l'intérieur même des sciences sociales et une méthode originale ayant une très grande généralité pour décrire la structure des données non quantitatives.

 

Cette primeur des données est attestée par une autre discipline qui se situe au carrefour des sciences du langage et de la société : l’analyse du discours. Pour Chareaudeau[3] en effet, toute discipline des sciences humaines et sociales s’affronte au problème du repérage des données pertinentes, de leur recueil, de leur classement selon certaines catégories, de leur analyse et de l’interprétation des résultats. On pourrait même dire avec Rastier[4] que la constitution et l’analyse de corpus sont en passe de modifier les pratiques voire les théories en lettres et sciences sociales, et cela engage pour [ces disciplines] un nouveau rapport à l’empirique.

 

C’est ainsi que le présent projet se propose d’aborder le corpus, à travers la notion d’hétérogénéité, sous l’angle d’un de ses aspects les plus sensibles : la cohésion d’ensemble des données. L’on sait que l’homogénéité, entendue au sens général comme la qualité d’une entité dont les éléments sont de même nature, a longtemps constitué, aux côtés de l’exhaustivité et de la représentativité, un critère essentiel du bon corpus. Sauf que l’uniformité de l’observable est justement une affaire de point de vue attenant bien sûr à la discipline, mais aussi et surtout au sujet et à l’orientation qui intéresse le chercheur, parfois même à l’évolution du contexte.

 

En sciences des textes par exemple, tant qu’elle ne concerne pas les mélanges de genres éventuellement opérés du point de vue de l’auteur, la généricité (ou la sous-généricité, à l’instar des sous-genres de la littérature comme le roman, la poésie, le théâtre[5], ou de ceux de la presse comme l’interview, le reportage, l’opinion) constitue un puissant facteur d’hétérogénéité corputielle ; de sorte qu’on ne saurait a priori analyser des occurrences de romans et de poèmes sous un même prisme théorico-méthodologique, ou sans précaution du même ordre. Les études cinématographiques, quant à elles, opposent, outre les genres cinématographiques (western / thriller / mélodrame / science-fiction), les mégagenres (animation / fiction / documentaire / expérimental). Mais il n’y a pas que la (méga)généricité. Outre l’interartialité (mise en commun des données émanant de différents arts comme la sculpture, la peinture, le cinéma, etc.), est également concernée l’intermédialité, qui traduira pour nous le traitement unifié de données issues de médias différents (radio, télé, internet) ; et dans ces médias, des sous groupes comme les divers types de médias sociaux (médias de partage, de réseautage, de discussion, de publication, etc.). Encore que ces étiquetages ne sont pas absolus et peuvent faire l’objet de multiples classifications. Dans cette optique, les discours rencontrés sur internet présentent un intérêt particulier : avec leurs modalités participatives, ils renferment des hétérogénéités à de multiples niveaux (énonciatif, stylistique, pragmatique, matériel, configurationnel).

 

La journée sera par conséquent l’occasion de discuter des paramètres déterminants pour de tels étiquetages génériques selon les perspectives d’hybridation et les rationalisations possibles tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Il s’agit, dans une perspective de décloisonnement disciplinaire, de croiser les expériences des analystes confrontés, intentionnellement ou non, à l’hétérogénéité des données. Quelles contraintes théoriques ou autres sont imposées par ces hétérogénéités et inversement ? Quels modes de contextualisations / d’adaptations ou d’horizons de clôture jaillissent de chaque croisement ? Comment le chercheur s’y prend-il concrètement dans le recueil, la catégorisation et le traitement unifié des données hétérogènes ? Parmi la variété catégorielle des matériaux collectés, en existe-t-il qui requiert, en fonction de quelque variable théorique, thématique, disciplinaire, de problématique ou autre, un traitement qualitatif ou quantitatif spécifique par rapport aux autres données rassemblées et pourquoi ? Quelles nécessités de conciliation pour quels/les types ou proportions de données a priori incompatibles ?

 

En plus de la médialité, de l’artialité et de la généricité, il existe d’autres catégories récurrentes, dont les cas d’hybridation méritent d’être questionnés : (i) les brassages de substances d’expression ou de support de communication du genre oral / verbal, graphique / filmique / pictural, tract / affiche, chanté / écrit, verbal / imagé, œuvre éditée / théâtre représenté ; (ii) les mélanges de matériaux issus de langues distinctes ; (iii) les conjonctions non comparatives de recueils émanant d’univers discursifs divergents (par exemple champ littéraire africain vs nord-américain, champs nationaux entre eux, zones culturelles entre elles, etc.) ou de champs socio-professionnels variés (art (cinéma / littérature / sculpture) / médecine / politique) ; (iv) les mixtions de classes matérielle, géochronologique, d’origine, d’ordre de résistance qui prévalent dans les sciences humaines attenantes à la biologie, comme l’archéologie, l’anthropologie ou la géographie (minéral / organique, métallique / osseux / lithique / céramique / radio-carboneux, sous-marin / pédestre, rocheux / sableux, etc.). Et même dans les disciplines où l’observable serait paradoxalement immatériel comme la psychologie, ne saurait-on songer aux facteurs contraignants dans le traitement unifié de catégories référentielles oppositives, du genre phasiques (enfants / adolescents / adultes / vieillards), génériques (hommes / femmes), ou autres ?

 

Bien évidemment, ces typologies et ces problématiques relevant de l’hétérogénéité des corpus sont loin d’être exhaustives. L’on espère justement en découvrir d’autres et questionner, tout en en décrivant les potentiels facteurs contraignants, la façon dont elles sauraient constituer un objet d’étude unique et peuvent / doivent faire l’objet d’un quelconque traitement théorico-méthodologique dans quelque discipline des lettres et sciences sociales.

 

Modalités :

 

Les propositions de communication, ne dépassant pas 500 mots, incluant un titre, une référence institutionnelle et des mots clés, doivent être envoyées simultanément aux adresses suivantes : journhetero@yahoo.com et atelierdecritiquey@yahoo.com.

 

Trois conférences plénières ouvriront la journée et permettront à des chercheurs de renommée de dégager les horizons sur le sujet selon des perspectives disciplinaires variées.

 

Calendrier prévisionnel :

 

·               Réception des propositions de communication :                          15 janvier 2019

 

·               Retour des avis du comité scientifique :                                       31 janvier 2019

 

·               Date de la journée d’études :                                                        12 avril 2019

 

·               Réception des articles :                                                                   27 mai 2019

 

·               Publication du volume :                                                                 octobre 2019

 

Comité Scientifique :

 

Richard Laurent Omgba, Université de Yaoundé I

 

Lucien Ayissi, Université de Yaoundé I

 

Charles Boyomo Assala, Université de Yaoundé II

 

Jean-François Jeandillou, Université Paris X Nanterre

 

Moïse Moupou, Université de Yaoundé I

 

Alphonse Tonye, Université de Yaoundé I

 

Gilles Philippe, Université de Lausanne

 

Etienne Dassi, Université de Yaoundé I

 

Martin Elouga, Université de Yaoundé I

 

Robert Fotsing Mangoua, Université de Dschang

 

Gerda Haeßler, Université de Potsdam

 

Anicet Noah, Université de Yaoundé II

 

Marcelin Vounda, Université de Yaoundé I

 

Michèle Monte, Université de Toulon

 

Jean-Jacques Tandja Mouaffo, Université de Dschang

 

Gérard Marie Noumssi, Université de Yaoundé I

 

Patricia Bissa Enama, Université de Yaoundé I

 

Félix Zogo, Université de Yaoundé I

 

Désiré Atangana Kouna, Université de Yaoundé I

 

Armand Leka Essomba, Université de Yaoundé I

 

Raymond Mbassi Ateba, Université de Maroua

 

Jacques Evouna, Université de Maroua

 

Jean-Claude Abada Medjo, Université de Maroua

 

Comité de lecture :

 

Stéphane Amougou, Université de Yaoundé I

 

Emmanuel Ngue Um, Université de Bertoua

 

Paul Abouna, Université de Yaoundé I

 

Venant Eloundou, Université de Yaoundé I

 

Mireille Njé Njé, Université de Yaoundé I

 

Pierre Suzanne Eyenga, Université de Yaoundé I

 

Paul Fonkoua, Université de Yaoundé I

 

Ibrahim Moungande, Université de Yaoundé I

 

Stéphanie Engola, Université de Yaoundé I

 

Marcelin Lebono, Université de Yaoundé II

 

Tony Onguene, Université de Yaoundé I

 

Immene Benabdallah, Université d’Alger

 

Gustave Mboé, Université de Dschang

 

Paul Dezombe, Université de Ngaoundéré

 

Olivia Nga, Université de Douala

 

Longin Colbert Eloundou, Université de Yaoundé I

 

Donald Vessah Ngou, Université de Yaoundé I

 

Coordonateurs :

 

-       Donald Vessah Ngou

 

-       Gérard Marie Noumssi

 

Contacts :

 

-       journhetero@yahoo.com

 

-       atelierdecritiquey@yahoo.com

 

Secrétariat : Léopold Ngodji, Narcisse Obiloma, Annick Ondobo, Pador Sipakang, Narcisse Batanken

 


 

[1] Celle-ci peut être définie, dans une optique consensuelle, comme l’ensemble des données recueillies ou circonscrites par le chercheur dans le cadre d’un sujet d’étude précis en vue d’applications spécifiques.

 

[2] Pierre Achard (1990), « Linguistique et sciences sociales : après le structuralisme », L'Homme et la société, n° 97, pp. 67-81.

 

[3] Patrick Charaudeau (2010), « Pour une interdisciplinarité « focalisée » dans les sciences humaines et sociales », Questions de communication, n° 17, pp. 195-222.

 

[4] François Rastier (2006), « Avant-propos », in Carine Duteil-Mougel et Baptiste Foulquié (dirs), Corpus en Lettres et Sciences sociales – Des documents numériques à l’interprétation, Texto !, pp. 9-11.

 

[5] Dans une perspective pluridisciplinaire, la littérature comme genre est posée sur le même plan hiérarchique que d’autres activités de la vie sociale (journalistique, politique, économique, etc.). Et pourtant, au sein de cette discipline, le roman, le théâtre, la poésie, sont plutôt considérés comme des genres majeurs. D’où le caractère gigogne des ordres de généricité selon le point de vue où on se situe.

 

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