Complexité des structures et des systèmes linguistiques : le cas des langues romanes
Colloque international de linguistique romane
Lieu: Sofia (Bulgarie)
Date de l'événement: 24-25 novembre 2018

Date limite: 15 avril 2018


 

 

In memoriam

 

L’année 2018 marque le 80e anniversaire de la naissance du professeur de linguistique Krassimir Mantchev (1938-1997), dont les travaux d’inspiration guillaumienne lui ont valu une reconnaissance méritée non seulement en Bulgarie, mais également en France. A cette occasion, le Département d’études romanes de l’Université de Sofia « Saint Clément d’Ohrid » organise un colloque international consacré au thème de la complexité des structures et des systèmes linguistiques, avec un intérêt particulier, mais non exclusif, sur les langues romanes.

 

Propositions de communication

 

Le colloque est organisé sur le principe d’un appel à communications, dont les réponses sont attendues avant le 15 avril 2018 à l’adresse complexite.ssl@gmail.com. Les propositions de communications, sous forme de résumés de 500 mots environ, rédigés en français, en italien ou en roumain, feront l’objet d’une évaluation de la part d’un comité scientifique. Le résumé doit indiquer le titre de la communication, établir le lien avec le thème du colloque, présenter les objectifs visés et la méthodologie adoptée, orienter vers les hypothèses de travail et/ou les résultats attendus, et contenir une bibliographie indicative. Les auteurs seront informés si leurs propositions de communication ont été retenues ou non par le comité scientifique jusqu’au 1er juin 2018 au plus tard.

 

Comité scientifique

 

Pier Marco Bertinetto (Scuola Normale Superiore di Pisa), Walter Bisang (Johanes Gutenberg-Universität Mainz), Silvia Botéva (Université de Sofia), Bernard Combettes (CNRS & Université de Lorraine), Giuliana Fiorentino (Università del Molise), Olga Galatanu (Université de Nantes), Gueorgui Jetchev (Université de Sofia), Xavier Lamuela (Universitat de Girona), Jean Léo Léonard (Université Paris Sorbonne), Iva Novakova (Université Grenoble-Alpes), Sophie Prévost (CNRS, ENS & Université Sorbonne Nouvelle Paris 3), Daniela Stoyanova (Universitatea din Sofia), Assen Tchaouchev (Université de Sofia), Alain Viaut (CNRS & Université Bordeaux Montaigne).

 

Conférenciers pléniers

 

Pier Marco Bertinetto (Scuola normale superiore di Pisa)

 

Bernard Combettes (CNRS & Université de Lorraine)

 

Olga Galatanu (Université de Nantes),

 

Jean Léo Léonard (Université Paris Sorbonne)

 

Argumentaire

 

Complexité des structures et des systèmes linguistiques :le cas des langues romanes

 

Difficile à définir de manière univoque, la notion de complexité est considérée en linguistique comme le pendant de la simplicité ou comme l’équivalent de la marque. Introduit dans les années 1930 par Nikolaï Troubetzkoy et appliqué à l’origine au seul domaine de la phonologie, le terme de marque est conçu par le Cercle linguistique de Prague comme la complexité accrue d’une forme. Depuis, la Théorie de la marque a été généralisée à presque toutes les sciences du langage et l’opposition simple/complexe a été inscrite dans une série de dichotomies : naturel/non naturel, prototypique/non prototypique, universel/marginal, fondamental/secondaire, primitif/dérivé, régulier/irrégulier, iconique/arbitraire, pour n’en citer que les plus importantes.

 

L’opposition simple/complexe pourrait correspondre à un simple effet de nombre – singulier/pluriel, monolinguisme/plurilinguisme, monosémie/polysémie – ou s’associer à une tendance à utiliser les structures simples par défaut et à les préférer aux structures complexes. Eléments simples et complexes sont aussi censés entretenir des rapports d’implication et refléter des facultés innées des locuteurs à s’en tenir prioritairement à des distinctions ou à des structures plus fondamentales que d’autres. La complexité a été envisagée également comme une déviation du naturel (Tomić 1989) ou d’un prototype conçu comme représentant optimal d’une catégorie sémantique (Rosch 1973, 1975 ; Kleiber 1990). Elle peut enfin s’inscrire dans le paradigme de phénomènes comme l’allomorphie ou le supplétisme impliquant une irrégularité au niveau lexico-grammatical ou une absence de symétrie entre forme et sens.

 

Le débat sur ces problèmes est toujours ouvert mais deux questions nous semblent particulièrement sous-explorés. Premièrement, la complexité des structures et des formes a-t-elle des fondements cognitifs, physiologiques, perceptifs ou autres ? Deuxièmement, la complexité supposée à l’encodage, est-elle aussi une complexité au décodage dans la mesure où une forme contenant plus d’éléments est souvent plus expressive et moins ambiguë qu’une forme contenant moins d’éléments ? Ainsi, la tendance des changements linguistiques à l’économie (par ex. lat. APEM > a. fr. ef) est-elle souvent contrebalancée par une tendance à l’expressivité (ef → abeille < lat. APICULA) ou à la transparence (mouche à miel) (Glessgen 2007 : 120).

 

A part dans sa dimension structurale, la complexité peut être envisagée aussi dans sa dimension systémique. Une question épineuse qui a fait couler beaucoup d’encre est de savoir si toutes les langues sont aussi complexes les unes que les autres ou certaines le sont davantage. Apparemment, toutes les langues sont également performantes en ce sens qu’elles accomplissent avec la même efficacité leur fonction communicative. Mais l’objectif communicatif est-il atteint au même coût ou certaines langues y parviennent-elles de manière plus économique que d’autres ? Les grammaires créoles sont-elles vraiment les grammaires les plus simples du monde, comme le veut McWhorter (2001) ? La  complexité supposée d’une langue est-elle en rapport avec sa sophistication et sa codification ou est-elle conditionnée par des facteurs extralinguistiques comme son âge (Parkvall 2008) et le nombre de ses locuteurs (Nettle 2012) ? Existe-t-il ce que Gil (2008) a appelé Compensation Hypothesis : les langues ne sont pas fondamentalement complexes ou simples mais tendent à compenser la complexité accrue d’une composante de la langue par la simplicité relative d’une autre ? Ainsi, les langues isolantes sont pratiquement exemptes de morphologie flexionnelle mais certaines d’entre elles connaissent un plus haut degré d’élaboration du lexique (Riddle 2008) ou possèdent un système complexe de tons lexicaux. Dans cet ordre d’idées, il serait intéressant de voir si le passage du synthétisme à l’analytisme, si caractéristique de l’histoire des langues romanes, est une évolution vers la simplicité ou vers la complexité : d’une part, la morphologie plus complexe donne plus de possibilités de variation de l’ordre des mots et permet de faire l’économie des mots grammaticaux ; mais d’autre part, la simplification de la morphologie flexionnelle contraint la syntaxe et décompose la phrase en un plus grand nombre d’unités.

 

Tous ces aspects de la complexité, tant sur le plan structural que systémique, donnent l’occasion de débattre sur un des thèmes les plus captivants, philosophiques et globaux de la linguistique, excédant parfois les limites de son domaine de recherche. Le thème invite à des réflexions théoriques, y compris sur les possibilités de modéliser la complexité, et comporte en même temps une orientation pratique vers le domaine de la didactique des langues étrangères, attachée à élaborer des stratégies adéquates pour faciliter l’apprentissage et prévenir les sources de complexité et de difficulté. Sans vouloir limiter le débat aux seules langues romanes, nous les posons plutôt comme cadre prioritaire qu’il est possible de déborder par des comparaisons avec des langues non romanes : les communications dans une approche contrastive ou typologique seront donc les bienvenues.

 

Bibliographie indicative

 

Beletti, Adriana, Luciana Brandi & Luigi Rizzi (eds.), 1981. Theory of Markedeness in generative grammar: Proceedings of the 1979 GLOW Conference. Pisa : Scuola Normale Superiore.

 

Bourciez, Edouard, 1923. Eléments de linguistique romane. Paris : Klincksieck.

 

Bourgignon, Lucien, 1998. Histoire et didactique : les défis de la complexité. Paris : Centre national de documentation pédagogique.

 

Calvet, Louis-Jean, 1998. « Pour une linguistique du désordre et de la complexité », in P. Blanchet, L-J. Calvet & D. Robillard (éds.), Un siècle après le Cours de Saussure, la linguistique en question, Carnets de l'Atelier de Sociolinguistique n° 1. Paris, L’Harmattan, pp. 13-80.

 

Combettes, Bernard & Sophie Prevost, 2015. « La disparition du schéma V2 en français : le rôle de l'opposition marqué / non marqué dans le domaine syntaxique », in C. Badiou-Monferran & T. Verjans. Disparitions. Honoré Champion, pp. 283-301. <hal-01233273>

 

Creissels, Denis, 2006. Syntaxe générale : une introduction typologique. Paris : Hermes Sciences.

 

Fiorentino, Giuliana, 1995. « Parlato e complessità sintattica: analisi del parlato argomentato in contesto didattico-espositivo », in F. Casadei, G. Fiorentino & V. Sanek-Lodovici (eds.), L’italiano che parliamo. Santarcangelo di Romagna: Fara, pp. 35-58.

 

Fiorentino, Giuliana, 2009. « Complessità linguistica e variazione sintattica ». SILTA, 38, 2, pp. 281-312.

 

Galatanu, Olga, Ana-Maria Cozma & Abdelhadi Bellachhab (dir.), 2016. Représentations du sens linguistique : les interfaces de la complexité. Bruxelles : Peter Lang.

 

Gil, David, 2008. « How complex are isolating languages », In F. Karlsson, M. Miestamo & K. Sinnemäki (eds.), Language complexity : Typology, contact, change. Amsterdam/Philadelphia: John Benjamins Publishing Company, pp. 109–131.

 

Glaudert, Nathalie, 2011. La complexité linguistique : essai de théorisation et d’application dans un cadre comparatiste. Thèse de doctorat, Université de la Réunion.

 

Glessgen, Martin-Dietrich, 2007. Linguistique romane. Domaines et méthodes en linguistique française et romane. Paris: Armand Colin.

 

Greenberg, Joseph, 1963. Universals of Language. Cambridge : MIT Press.

 

Jakobson, Roman, 1963. Essais de linguistique générale. Paris : Les éditions de Minuit.

 

Kleiber, Georges, 1990. La sémantique du prototype. Paris : PUF.

 

Léonard, Jean Léo, Didier Demolin & Karla Janiré Avilés González (eds.). 2016. Proceedings of the International Workshop on Structural Complexity in Natural Language(s) (SCNL). Paris, 30-31 May 2016: Paris 3 University - Labex EFL (PPC11) (http://axe7.labex-efl.org/node/353).

 

Maddieson, Ian, 1984. Patterns of sounds. Cambridge University Press.

 

Mahmoudian, Mortéza, 2009. « Théorie linguistique face à la complexité des langues », La linguistique, vol. 45, fasc. 2, pp. 5-29.

 

McWhorter, John, 2001. « The world’s simplest grammars are creole grammars », Linguistic Typology 5: pp. 125-166. 

 

Nettle, Daniel, 2012. « Social scale and structural complexity in human languages », Philosophical Transactions of the Royal Society 367, pp. 1829–1836.

 

Novakova, Iva & Julie Sorba, 2014. « Les adjectifs d’affect : complexité sémantique et profils discursifs », SHS Web of Conferences 8, Congrès Mondial de Linguistique Française, 637-649.

 

Parkvall, Mikael, 2008. « The simplicity of creoles in a cross-linguistic perspective », In F. Karlsson, M. Miestamo & K. Sinnemäki (eds.), Language complexity: Typology, contact, change, Amsterdam/Philadelphia: John Benjamins Publishing Company, pp. 265–285.

 

Riddle, Elizabeth, 2008. « Complexity in isolating languages: Lexical elaboration versus grammatical economy », In F. Karlsson, M. Miestamo & K. Sinnemäki (eds.), Language complexity: Typology, contact, change, Amsterdam/Philadelphia: John Benjamins Publishing Company, pp. 133–151.

 

Rosch, Eleanor, 1973. « Natural categories », Cognitive Psychology. New York: Halsted Press, pp. 328-350.

 

Rosch, Eleanor, 1975. « Universals and cultural specifics in human categorisation », in R. W. Brislin, S. Bochner & W.J. Lonner (eds.), Cross-cultural perspectives on learning. New York: Halsted Press, pp. 177-207.

 

Tagliavini, Carlo, 1972. Le origini delle lingue neolatine. Bologna : Pátron (sesta edizione).

 

Tomić, Olga Miseska, 1989. « Introduction », in O. M. Tomić (ed.), Markedness in synchrony and diachrony. Berlin: Mouton de Gruyter.

 

Troubetzkoy, Nikolaï, 1939 [1964]. Principes de phonologie, traduction de Grundzüge der Phonologie par Jean Cantineau. Paris: Editions Klincksieck.

 

Inscription au colloque

 

La taxe d’inscription s’élève à de 70 euros et son paiement pourra s’effectuer du 1er juillet au 15 septembre 2018 par virement sur un compte bancaire qui sera communiqué ultérieurement aux participants retenus. Sont exonérés de taxe d’inscription les membres du comité scientifique, ainsi que les enseignants et les doctorants de l’Université de Sofia.

 

Actes du colloque

 

Les participants auront la possibilité de publier leurs textes dans les Actes du colloque, dont la parution est prévue pour la fin de 2019. Les articles déposés feront l’objet d’une évaluation et d’un tri sélectif de la part du comité scientifique en fonction d’un certain nombre de critères : originalité de l’approche, des faits présentés et de la problématique traitée, insertion dans le thème du colloque, pertinence des thèses et des arguments, clarté de l’exposé et du langage utilisé, etc. Les articles, conformes à la feuille de style qui sera communiquée ultérieurement, doivent contenir entre 30 000 et 45 000 caractères (espaces et bibliographie comprises) et être envoyés à l’adresse complexite.ssl@gmail.com jusqu’au 6 janvier 2019 au plus tard. Les auteurs recevront début avril 2019 un avis officiel sur l’acceptabilité de leurs textes et éventuellement des suggestions de corrections.

 

Rappel des dates importantes :

 

Date limite d’envoi des propositions de communication : 15 avril 2018

 

Avis de de la part du comité scientifique sur l’acceptabilité des propositions de communication : mai-juin 2018

 

Inscription au colloque : du 1er juillet au 15 septembre 2018

 

Déroulement du colloque : les 24 et 25 novembre 2018

 

Date limite d’envoi des articles pour la publication des Actes : 6 janvier 2019

 

Avis de la part du comité scientifique sur l’acceptabilité des articles : début avril 2019

 

Comité d’organisation

 

Evgenia Atanassova, Ivaylo Burov, Elena Dineva, Rumyana Lyutakova, Margarita Rouski, Diana Vargolomova, Malinka Velinova (Université de Sofia).

 

Pour plus d’information, veuillez consulter le site officiel du colloque à l’adresse : https://complexite2018sofia.wordpress.com

 

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